Aux portes de Paris, le Parisis est le territoire historique qui a vu naître la capitale du royaume. Berceau de la monarchie capétienne, creuset où se sont forgées les institutions françaises, il est aujourd'hui absorbé par la métropole mais n'a rien perdu de sa mémoire millénaire — celle d'une terre qui a changé le destin de la France.
Le Parisis correspond à l'ancien pagus Parisiensis des Romains, centré sur l'île de la Cité et s'étendant sur les deux rives de la Seine. Il englobe aujourd'hui Paris intra-muros, la proche banlieue nord et ouest — Saint-Denis, Argenteuil, Pontoise, Cergy — et les plaines agricoles du Val-d'Oise. La Seine le traverse d'est en ouest, artère vitale qui a conditionné toute son histoire. Au nord, les buttes de Montmartre et de Belleville marquaient jadis les limites du territoire cultivé. À l'ouest, la forêt de Saint-Germain-en-Laye formait une frontière naturelle avec le Vexin.
Le Parisis tire son nom des Parisii, peuple gaulois dont la capitale Lutèce occupait l'île de la Cité. César les mentionne dans La Guerre des Gaules : leur chef Camulogène résiste aux légions romaines avant d'être vaincu à la bataille de Lutèce en 52 av. J.-C. Sous l'Empire, Lutèce se développe sur la rive gauche — thermes, arènes, forum — mais c'est l'île qui reste le coeur politique. Avec la christianisation, l'évêché de Paris s'installe sur l'île, et saint Denis, premier évêque, est martyrisé sur la butte de Montmartre vers 250 ap. J.-C. Le tournant décisif survient en 987 : Hugues Capet, comte de Paris et duc des Francs, est élu roi à Senlis. Le Parisis devient le domaine royal direct, le coeur du royaume de France naissant. Les Capétiens vont passer trois siècles à consolider leur pouvoir depuis Paris, transformant cette ville en capitale politique, intellectuelle et économique de l'Occident médiéval. Philippe Auguste, au XIIe siècle, fait paver les rues, construire les Halles et ériger la première enceinte de Paris. Il fonde aussi le Louvre comme forteresse défensive. Saint Louis y établit la Sainte-Chapelle pour abriter la couronne d'épines, joyau de l'art gothique rayonnant. Au XIVe siècle, la guerre de Cent Ans dévaste le territoire. Paris est occupé par les Anglais de 1420 à 1436 ; Jeanne d'Arc tente en vain de le reprendre en 1429. Mais la ville se relève et, sous François Ier, le Parisis connaît une renaissance extraordinaire : le Louvre est transformé en palais Renaissance, la Cour s'installe à Fontainebleau, et les artistes italiens affluent. Henri IV, après les guerres de Religion qui ont ensanglanté Paris — la Saint-Barthélemy en 1572, le siège de 1590 — reconstruit et embellit la capitale avec la place des Vosges et le Pont-Neuf. Le Grand Siècle de Louis XIV marque l'apogée et la rupture : en 1682, le Roi-Soleil transfère la Cour à Versailles, hors du Parisis stricto sensu, mais Paris reste la capitale administrative et culturelle. La Révolution de 1789 éclate dans le Parisis — prise de la Bastille, journées des 5 et 6 octobre — et transforme à jamais le visage de la France. Au XIXe siècle, le baron Haussmann perce les grands boulevards, détruisant le Paris médiéval pour créer la ville lumière que le monde entier admire.
Le Parisis est aujourd'hui indissociable de Paris, mais il conserve une identité propre dans ses communes périphériques : Saint-Denis et sa basilique royale, nécropole des rois de France ; Argenteuil et ses vignes immortalisées par Monet ; Pontoise et son école de peinture impressionniste ; Cergy et ses architectures audacieuses des années 1970. Le marché de Rungis, le plus grand marché alimentaire du monde, perpétue la tradition des Halles de Paris. La plaine de France, au nord, reste une terre agricole au coeur de la métropole.
Le Parisis est le territoire qui a inventé la France — et Paris, en retour, a inventé le monde moderne. Sous chaque pavé de la capitale, sous chaque pierre de Saint-Denis ou de Pontoise, dort la mémoire d'un territoire qui a tout osé, tout souffert et tout transcendé.