Écrivain, peintre et sculpteur né à Dijon, Henri Vincenot a donné à la Bourgogne l’une de ses grandes voix du XXe siècle. Son univers touche naturellement l’Autunois, terre de profondeur, de forêts, de collines, de christianisme ancien et de mémoire paysanne, si proche de la Bourgogne intérieure qu’il n’a cessé de célébrer.
« Chez Henri Vincenot, la Bourgogne n’est pas un décor : c’est une manière d’être au monde, d’aimer, de travailler, de marcher, de nommer les bêtes et d’habiter le temps. »— Évocation SpotRegio
Henri Vincenot naît à Dijon le 2 janvier 1912 et meurt dans cette même ville le 21 novembre 1985. Écrivain, dessinateur, peintre, sculpteur et chroniqueur du monde bourguignon, il s’impose au XXe siècle comme l’une des voix les plus reconnaissables de la Bourgogne intérieure.
Son enfance est marquée par la culture cheminote de Dijon, mais aussi par les séjours chez ses grands-parents à Commarin. Là, il découvre les gestes, les mots, les bêtes, les saisons, la chasse, l’apiculture, les paysages de haies et de combes qui nourriront plus tard son imaginaire littéraire.
L’Autunois n’est pas pour lui un simple décor secondaire. Dans son univers, l’Autunois appartient à cette Bourgogne profonde, terrienne, forestière et spirituelle qui relie Dijon, le Morvan, l’Auxois et les hauteurs plus secrètes de l’intérieur. On y retrouve la même densité de mémoire, la même lenteur paysanne, la même fidélité aux anciens savoirs.
Après des études à Dijon, Henri Vincenot fréquente les Beaux-Arts, le Conservatoire et l’école de commerce. Il travaille quelque temps dans l’univers du rail, puis se tourne vers le journalisme et l’écriture. Cette diversité de formations explique la richesse d’une œuvre où cohabitent le trait, la voix, l’image, la technique et la légende.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il connaît la violence de l’Occupation. Arrêté par la Gestapo à Dijon, blessé, il parvient à s’échapper et se cache dans les bois de la montagne bourguignonne jusqu’à la Libération. Cette épreuve renforce son rapport charnel au territoire, à l’abri forestier, aux complicités rurales et à la liberté.
Après-guerre, il s’installe à Paris avec sa famille pour aider son fils aîné, atteint de surdité, à suivre un accompagnement spécialisé. Il travaille alors à La Vie du Rail, où il développe un regard précis sur les métiers, les itinéraires, les gestes techniques et les mondes populaires.
Le grand public le découvre massivement dans les années 1970, notamment grâce à La Billebaude, Le Pape des escargots, Mémoires d’un enfant du rail, Les Étoiles de Compostelle ou encore La Vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine. Son style mêle humour, oralité, érudition, lyrisme et enracinement.
Henri Vincenot meurt peu après son épouse Andrée. Ce deuil l’a profondément marqué, et les témoignages de la fin de sa vie montrent un homme brisé par l’absence. Il repose à La Peurrie, le hameau qu’il a ressuscité, aux côtés de sa femme et d’une partie des siens.
Henri Vincenot appartient à une lignée d’écrivains du pays réel, non au sens étroit du régionalisme figé, mais au sens d’une littérature qui veut sauver les gestes, les voix, les usages et les cosmologies d’un monde menacé.
Chez lui, la Bourgogne n’est pas seulement une province : c’est une civilisation. Elle a ses rythmes, ses seuils, ses rites, ses métiers, ses accents, ses initiations, ses fidélités. L’Autunois y a naturellement sa place, car il incarne lui aussi cette alliance de forêts, de granit, de collines, de christianisme ancien et de survivances païennes.
Vincenot aime les compagnons, les artisans, les chasseurs, les paysans, les apiculteurs, les voyageurs du rail, les taiseux et les rusés. Il ne les traite ni comme des types folkloriques ni comme des curiosités ; il les rend souverains dans leur propre monde.
Son œuvre entre parfois en tension avec la critique parisienne, qui a pu l’enfermer dans l’étiquette d’écrivain du terroir. Pourtant, son ambition est bien plus vaste : il tente une anthropologie poétique de la Bourgogne, une philosophie populaire des liens entre l’homme, le paysage, l’animal, la mémoire et le sacré.
Le compagnonnage est un mot essentiel pour le comprendre. Initié très tôt à cet esprit par ses grands-pères, il voit dans la transmission manuelle et morale une manière de tenir debout dans le temps long. Cela éclaire son style, fait d’attention concrète, de respect du métier et d’admiration pour ceux qui savent faire.
Son rapport à l’Autunois peut aussi se lire par la proximité spirituelle avec le Morvan et avec toute la Bourgogne des hauteurs. Autun, cité ancienne, chrétienne et gallo-romaine, n’est pas absente de son horizon : elle résume un héritage historique et symbolique que Vincenot reconnaît comme sien, même lorsqu’il écrit depuis d’autres points de la carte bourguignonne.
Au fond, Henri Vincenot n’écrit pas seulement sur un territoire ; il écrit depuis une appartenance. C’est pourquoi ses livres parlent encore à ceux qui cherchent dans les provinces françaises autre chose qu’un décor : une manière d’habiter.
La Billebaude est sans doute l’un de ses titres les plus célèbres. Le livre déploie une relation presque initiatique à la chasse, à la forêt, à l’amitié virile, aux rites de passage et aux saisons. Le paysage y devient un maître.
Le Pape des escargots donne à Vincenot une notoriété très large. Sous une apparence pittoresque, le livre défend une vision de la vie bonne, proche de la terre, des plaisirs modestes, de la cuisine, des bêtes, de l’insoumission aux normes technocratiques et du rire bourguignon.
Mémoires d’un enfant du rail constitue un texte capital pour comprendre ses origines sociales. On y voit le Dijon cheminot, l’univers du PLM, la solidarité des ateliers et des familles, les trains comme horizon de destin, et déjà une attention aiguë à la noblesse du travail ordinaire.
Les Étoiles de Compostelle ouvrent un autre versant de son œuvre : le chemin, le pèlerinage, la tradition européenne, le dialogue entre christianisme et fonds plus archaïques de la mémoire populaire.
La Vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine montre qu’il n’est pas seulement romancier. Vincenot est aussi un formidable passeur de civilisations rurales. Il reconstitue usages, vêtements, travaux, croyances, nourritures, hiérarchies et sociabilités avec un soin ethnographique.
Ses livres, même quand ils paraissent bavards, sont bâtis comme des recueils de survie culturelle. Ils veulent conserver des mots, des recettes, des noms d’outils, des façons de regarder les bêtes, des manières de se taire, de prier ou de rire.
On retrouve aussi chez lui le dessin et la sculpture, qui prolongent la même vision tactile du monde. L’écriture n’est jamais désincarnée : elle taille, polit, creuse, caresse, sculpte.
Le territoire d’Henri Vincenot commence à Dijon, matrice familiale, urbaine et cheminote. Mais cette origine n’épuise pas son paysage intérieur.
Commarin, les hautes terres, les hameaux bourguignons, les vallons, les bois et les lisières forment l’autre pôle de son univers. C’est là que l’enfant devient écouteur de récits, observateur des bêtes, apprenti des gestes anciens.
La Peurrie concentre sa légende personnelle. Découvert adolescent puis patiemment racheté et restauré, ce hameau ruiné devient le lieu de l’accomplissement, presque une utopie personnelle de reconstruction contre la ruine moderne.
L’Autunois entre dans cette géographie par sa parenté de civilisation. Pays de l’intérieur bourguignon, voisin des mondes qu’aime Vincenot, il offre les mêmes densités forestières, la même profondeur historique, la même texture de vie terrienne et de mémoire longue.
Autun, plus précisément, résume une Bourgogne très ancienne : Rome, christianisme, collines, pierres, chapitres, forêts proches, routes d’anciens passages. Cette profondeur historique est pleinement vincenotienne.
Paris joue un rôle important mais fonctionnel dans sa vie : ville du travail journalistique, de la reconnaissance éditoriale, de certaines nécessités familiales. Ce n’est jamais sa patrie profonde.
Entre Dijon, l’Auxois, le Morvan et l’Autunois, Vincenot dessine ainsi une Bourgogne continue, intérieure et charnelle, plus vaste que les limites administratives et plus durable que les modes.
La vie sentimentale d’Henri Vincenot est dominée par une figure unique : Andrée Baroin. Les biographies la présentent comme la femme rencontrée à l’école de commerce de Dijon, devenue son épouse en 1936 et l’amour majeur de sa vie.
Andrée n’est pas un simple détail biographique. Elle traverse son œuvre sous divers visages et divers prénoms symboliques. Elle participe à la restauration de La Peurrie, à la vie familiale, à l’économie affective de ses livres et à son imaginaire du couple fidèle.
Leur union s’inscrit dans une Bourgogne vécue à deux : enfants, travaux, déplacements, patience, reconstruction du hameau, joies simples, fidélité quotidienne. Chez Vincenot, l’amour n’est pas spectaculaire ; il est incarné, domestique, compagnon.
La mort d’Andrée en janvier 1984 le laisse inconsolable. Les témoignages rapportés dans la presse de l’époque montrent un homme pour qui le temps n’apaise rien. Ce chagrin tardif est l’un des faits affectifs les plus sûrs et les plus poignants de sa biographie.
Le couple a quatre enfants : Jean-Pierre, Marie-Claudine, François et Denis. Leur présence compte dans la vie matérielle et sentimentale de l’écrivain, mais aussi dans la transmission de son œuvre et de sa mémoire.
Respecter Henri Vincenot, c’est donc ne pas lui inventer d’autres grandes passions. La documentation accessible insiste au contraire sur l’unicité d’Andrée et sur la nature profondément conjugale, familiale et fidèle de sa vie intime.
Dijon, Commarin, La Peurrie, le Morvan, l’Autunois, les chemins, les forêts et les métiers anciens : explorez une Bourgogne vivante où Henri Vincenot a voulu sauver des mondes entiers de gestes, de mots et de fidélités.
Explorer l’Autunois →Ainsi demeure Henri Vincenot, homme de fidélité, de forêt, de lignée et de parole, qui aura donné à la Bourgogne intérieure une voix populaire, savante, drôle et profondément aimante.