Personnage historique • Comtat Venaissin, garance et mémoire arménienne

Jean Althen

1709–1774
L’agronome arménien qui fit rougir les paluds du Comtat

Né Hovhannès Althounian, exilé d’Arménie, passé par l’esclavage, Marseille, Versailles et Avignon, Jean Althen introduisit et développa la culture de la garance dans le Comtat Venaissin. Pauvre à sa mort, il devint après coup le symbole d’une prospérité rouge qui transforma le Vaucluse.

« Chez Jean Althen, la racine rouge de la garance raconte à la fois l’exil, le travail, la science paysanne et la gratitude tardive d’un territoire. »— Évocation SpotRegio

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D’Arménie au Comtat, un destin d’exil et de racines rouges

Jean Althen, de son nom arménien Hovhannès Althounian, naît au début du XVIIIe siècle, généralement en 1709, dans le Nakhitchevan ou dans l’espace arménien alors pris dans les tensions de la Perse safavide. Sa biographie commence donc loin de la Provence, dans un monde de frontières, de violences politiques et de migrations contraintes.

Les récits anciens font de lui le fils d’une famille arménienne frappée par les persécutions et les massacres. Capturé, réduit en esclavage en Asie Mineure, il aurait passé de longues années à travailler autour de la culture de la garance, plante tinctoriale dont la racine fournit un rouge puissant. Cette épreuve devient paradoxalement le savoir qui fondera sa mémoire française.

Évadé, protégé par les réseaux consulaires français à Smyrne, il arrive à Marseille en 1736. Il y exerce d’abord des métiers modestes, notamment l’étamage du cuivre, avant que son savoir agricole ne lui ouvre des portes. Son mariage avec Marie Dhoues ou Dhoulès lui donne aussi des moyens sociaux et financiers pour porter ses projets.

Après des essais infructueux autour du coton à Montpellier, Castres ou Saint-Étienne, Althen trouve enfin dans le Comtat Venaissin un territoire favorable. En 1763, il propose à Avignon la culture de la garance à grande échelle. Le sol, l’eau, les paluds, les routes et l’intérêt économique local permettent à l’idée de prendre racine.

Il meurt en 1774 à Caumont, dans une relative pauvreté, sans voir l’extraordinaire prospérité que la garance apportera au Vaucluse au XIXe siècle. Son destin est donc celui d’un exilé dont le savoir enrichit un pays qui ne le reconnaîtra pleinement qu’après sa mort.

Marie Dhoues, Marguerite Althen et les femmes de la transmission

Les femmes de la vie de Jean Althen doivent être traitées avec autant de prudence que d’attention. Marie Dhoues, ou Dhoulès selon les graphies, est son épouse attestée dans les récits biographiques. Présentée comme une riche héritière marseillaise, elle joue un rôle essentiel dans la première ascension sociale d’Althen en France.

Grâce à cette union, Althen peut se présenter plus solidement dans les milieux où son savoir intéresse l’État, les religieux et les entrepreneurs. Marie Dhoues n’est donc pas seulement une mention matrimoniale : elle appartient aux conditions concrètes qui permettent à un réfugié arménien de transformer un savoir de captivité en projet économique.

Marguerite Althen, sa fille, est une figure capitale de la mémoire familiale. C’est chez elle, à Caumont, que Jean Althen meurt selon plusieurs récits. Les Supplications de Marguerite Althen, conservées dans les références bibliographiques avignonnaises, rappellent que la reconnaissance tardive du père laisse aussi une fille face à la pauvreté, à la mémoire et à la demande de justice.

Il faut aussi nommer, avec réserve, les femmes arméniennes perdues de son origine : mère, sœurs, parentes disparues ou dispersées par les violences de l’histoire. Les sources ne permettent pas de les identifier ici, mais leur absence pèse fortement. L’exil d’Althen n’est pas seulement masculin ; il est le reste visible d’un monde familial détruit.

Enfin, les femmes du Comtat — paysannes, ouvrières, fileuses, teinturières, épouses de cultivateurs, gardiennes de graines et de savoir-faire — prolongent indirectement son œuvre. Elles ne sont pas toutes des femmes de sa vie intime, mais elles participent à la chaîne matérielle qui transforme la garance en richesse régionale.

La plante qui fit rougir le Vaucluse

La garance est au cœur de la mémoire de Jean Althen. Cette plante, dont les racines fournissent une matière colorante rouge, était connue en Orient et en Europe, mais Althen contribue à installer dans le Comtat Venaissin une culture efficace, économiquement décisive et adaptée aux paluds vauclusiens.

Le 30 juin 1763, il présente aux consuls d’Avignon un projet de culture à grande échelle. Des essais de teinture confirment l’intérêt de la racine. La ville lui accorde un privilège temporaire, et Joseph-François-Xavier de Seytres de Pérussis, marquis de Caumont, met des terres à disposition pour les premières garancières.

Le domaine de Vasserot, à Caumont, devient l’un des points de départ. Puis les paluds de Pernes, Monteux, Entraigues, Le Thor et d’autres communes se couvrent progressivement de garance. L’économie comtadine se transforme, surtout après la mort d’Althen, lorsque l’industrie tinctoriale prend son essor.

Au XIXe siècle, la garancine et les moulins à garance font la fortune de nombreux territoires du Vaucluse. Les rouges de l’infanterie française, les indiennes et les tissus teints donnent à la plante un rôle national. Althen devient alors un nom commode pour célébrer une prospérité dont il ne profita presque pas.

L’histoire se referme brutalement avec la découverte de l’alizarine artificielle en 1868, qui provoque le déclin de la garance naturelle. Mais l’empreinte demeure : paysages, moulins, noms de rues, commune d’Althen-des-Paluds, statues et mémoire arménienne continuent de rappeler le rouge végétal du Comtat.

Avignon, Caumont, Pernes et les paluds de l’or rouge

Le Comtat Venaissin est le véritable territoire d’accomplissement de Jean Althen. Avignon, alors liée à l’ancien État pontifical avec le Comtat, joue le rôle de porte politique et économique. C’est là qu’Althen défend son projet, convainc, apporte des racines et cherche des appuis.

Caumont-sur-Durance est le lieu de la mort et l’un des grands lieux de mémoire intime. Althen y finit pauvre, chez sa fille Marguerite. Cette fin contraste avec la richesse future du secteur : le même territoire qui le voit mourir modestement deviendra l’un des symboles de la fortune garancière.

Pernes, Monteux, Entraigues, Le Thor et les Paluds forment ensuite le cœur agricole de l’aventure. L’eau, les terrains humides, les moulins et les réseaux de transformation permettent à la garance de passer de l’essai à une véritable économie régionale.

Althen-des-Paluds, commune créée au XIXe siècle à partir d’un quartier de Monteux, porte directement son nom. C’est l’hommage territorial le plus fort : un réfugié arménien donne son nom à une commune vauclusienne, preuve que l’histoire locale a reconnu en lui une figure fondatrice.

Pour SpotRegio, le Comtat Venaissin doit donc être au premier plan. Jean Althen relie Avignon, Caumont, Pernes et les paluds à une histoire de migration, d’agronomie, de travail paysan, d’industrie textile et de reconnaissance posthume.

Un Arménien du Comtat, pauvre de son vivant et riche de mémoire

L’héritage de Jean Althen est profondément paradoxal. Il apporte un savoir qui fera la fortune d’un territoire, mais il meurt dans la pauvreté. Il donne au Comtat une culture industrielle majeure, mais la reconnaissance arrive surtout après sa disparition.

Au XIXe siècle, le département de Vaucluse, la ville d’Avignon et les communes concernées lui rendent hommage. Plaque, statues, rues et nom d’Althen-des-Paluds traduisent une gratitude tardive. La mémoire transforme l’exilé mal récompensé en bienfaiteur de la Provence intérieure.

Cette mémoire est aussi arménienne. Hovhannès Althounian rappelle la longue histoire des diasporas, des persécutions, des savoirs emportés dans l’exil et des enrichissements réciproques entre un migrant et une terre d’accueil. Sa vie n’est pas seulement agricole : elle parle de survie et de transmission.

Les femmes de son histoire renforcent cette lecture : Marie Dhoues donne un appui social décisif ; Marguerite Althen porte la mémoire et la pauvreté du père ; les femmes anonymes des familles paysannes et artisanales participent à la transformation concrète de la garance en industrie.

Pour SpotRegio, Jean Althen est une figure idéale du Comtat Venaissin : un homme venu d’Arménie, passé par l’esclavage, la mer, Marseille, Versailles, Avignon et Caumont, dont le savoir a fait surgir dans les paluds vauclusiens une économie rouge, végétale et mémorable.

Lieux de garance, d’exil et de reconnaissance

Destins croisés

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Ainsi demeure Jean Althen, Arménien du Comtat, dont la vie rappelle qu’une racine venue de loin peut transformer un territoire, enrichir des générations et recevoir enfin le nom de gratitude.