Auteur de Paris insolite, compagnon des marges, historien de la Provence, lecteur des Tsiganes, des surréalistes, des plantes, des bêtes et des mythes, Jean-Paul Clébert fit de la Camargue et de la Provence intérieure un territoire de passages, de rites et de signes.
« Chez Clébert, la Camargue n’est pas un paysage de carte postale : c’est un seuil, un pèlerinage, une route gitane, une marge sacrée où la Provence se met à parler autrement. »— Évocation SpotRegio
Jean-Paul Clébert naît Pierre Noël Louis Jeannin le 23 février 1926 à Neuilly-sur-Seine. Sa jeunesse, d’abord bourgeoise et scolaire, bascule vite vers une vie d’évasion, de résistance, de routes, de marginalité volontaire et de curiosité totale. À seize ans, il rejoint la Résistance, puis découvre après la guerre une forme d’existence errante qui nourrit directement son premier grand livre.
Son entrée en littérature se fait par Paris insolite, publié en 1952. Le livre raconte une capitale des clochards, des petits métiers, des souterrains, des terrains vagues, des buveurs, des refuges et des amitiés de fortune. Clébert y invente une manière d’ethnographie poétique : il ne regarde pas les marginaux de loin, il partage leurs nuits, leurs risques et leur liberté.
Il fréquente ensuite des milieux proches du surréalisme, de Saint-Germain-des-Prés, des lettristes et de la bohème intellectuelle parisienne. Mais il ne reste pas enfermé dans la capitale. Reporter, voyageur, lecteur immense, il cherche ailleurs une autre forme de fidélité : une vie moins mondaine, plus enracinée, plus attentive aux pierres, aux plantes, aux mythes et aux peuples de passage.
À partir de 1956, il s’installe en Provence, notamment dans le Luberon, à Bonnieux puis à Oppède. Cet exil choisi transforme son œuvre. Clébert devient l’un des grands passeurs de la Provence : antiquité, routes romaines, symbolisme, surréalisme, Mistral, Van Gogh, Daudet, Nostradamus, gitans, bestiaires, herbiers, villages, cultes, légendes et paysages.
Il meurt le 20 septembre 2011 à Oppède, dans le Vaucluse, et repose à Bonnieux. Sa vie trace une ligne rare : partir du Paris des sans-abri pour devenir l’un des grands arpenteurs de la Provence intérieure et camarguaise, sans jamais perdre le goût des marges.
Les femmes de la vie de Jean-Paul Clébert doivent être évoquées avec prudence. Les notices publiques disponibles ne documentent pas solidement une épouse, une compagne durable, une mère nommée ou une descendance que l’on puisse intégrer sans risque d’invention. Cette absence de précision doit être assumée, non comblée par une romance fabriquée.
Il faut cependant éviter d’effacer les femmes de son univers. Clébert s’intéresse aux figures féminines de la littérature et de la Provence. Son livre sur Louise Colet, La Muse, montre son attention pour une femme de lettres souvent réduite à ses amours avec Flaubert, alors qu’elle fut poète, salonnière, combattante littéraire et personnalité majeure du XIXe siècle.
Les femmes de la Camargue et du monde gitan apparaissent aussi comme horizon culturel : pèlerines, gardiennes de mémoire, mères, musiciennes, voyageuses, figures de Sara la Noire et des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elles ne sont pas des compagnes biographiques de Clébert, mais elles appartiennent au paysage humain qu’il a étudié ou traversé.
Dans son œuvre provençale, les femmes peuvent être reines, saintes, lavandières, voyantes, patronnes de café, habitantes de villages, gardiennes d’archives, figures de légende ou muses d’artistes. Ce sont des présences d’enquête, de récit et d’imaginaire, qu’il faut distinguer des femmes de sa vie intime.
Cette page adopte donc une méthode nette : aucune femme biographique n’est nommée sans source solide, mais les femmes de l’œuvre et de la transmission sont bien présentes. Chez Clébert, la fidélité historique consiste précisément à ne pas faire mentir la mémoire.
L’œuvre de Jean-Paul Clébert est difficile à classer. Il est romancier, essayiste, historien de la Provence, enquêteur des marges, compagnon de cœur des Tsiganes, spécialiste du surréalisme, lecteur des symboles, des animaux, des plantes, de Nostradamus et des lieux. Cette diversité n’est pas dispersion : elle vient d’un même désir d’arpenter le monde en profondeur.
Paris insolite donne la matrice : marcher, voir, écouter, entrer dans les envers de la ville. Plus tard, il applique cette méthode à la Provence. Au lieu d’en faire une carte postale, il en révèle les couches : antiquité, christianisme, paganisme, langue, fêtes, ruines, herbiers, bêtes, routes et légendes.
Ses livres sur la Provence, le Luberon, Mistral, Van Gogh, les Daudet ou la Provence antique en font un passeur culturel majeur. Il ne parle pas de la région comme un touriste ; il en fait une bibliothèque à ciel ouvert, où chaque village, chaque pierre et chaque plante semble porter une mémoire.
Son intérêt pour les Tsiganes et les Gitans rejoint le motif camarguais. Les Saintes-Maries-de-la-Mer, le pèlerinage, Sara, les routes, les familles, les musiques et les présences nomades répondent à sa propre fascination pour les vies hors cadre. Chez lui, la marge n’est jamais un folklore : elle est une manière de comprendre la société depuis ses bords.
Le Dictionnaire du surréalisme, le Bestiaire fabuleux, l’Herbier provençal ou ses ouvrages de hauts lieux littéraires montrent une intelligence encyclopédique, mais toujours incarnée. Clébert accumule les savoirs non pour fermer les sujets, mais pour rouvrir le monde.
Le lien de Jean-Paul Clébert à la Camargue doit être compris par son intérêt pour la Provence profonde, les peuples nomades, les mythes et les lieux de passage. La Camargue n’est pas seulement une étendue de marais : c’est un territoire où le Rhône, la mer, les chevaux, les taureaux, les pèlerinages et les routes gitanes se rencontrent.
Les Saintes-Maries-de-la-Mer occupent dans cet imaginaire une place majeure. Clébert rappelle et utilise la profondeur ancienne du lieu : traditions antiques, légendes chrétiennes, mémoire de Sara, rassemblements gitans, sanctuaire maritime et seuil entre Provence, Méditerranée et monde nomade.
Son intérêt pour les Tsiganes donne au lien camarguais une force particulière. Il ne s’agit pas d’un décor exotique, mais d’un peuple et d’une culture qui l’attirent parce qu’ils déplacent les frontières ordinaires : sédentaire et nomade, marginal et sacré, local et universel, pauvreté et dignité.
Arles, la Crau, le Rhône, les Saintes-Maries, les Alpilles et le Luberon forment chez Clébert une Provence en constellation. Il ne faut pas l’enfermer dans un seul village. Son œuvre circule : de Paris aux routes, des cafés aux abbayes, des gitans aux surréalistes, des ruines romaines aux herbes du bord des chemins.
Pour SpotRegio, la Camargue est donc un territoire de vérité pour Clébert : elle condense son goût des marges, du sacré populaire, des peuples de passage, des paysages amphibies et des mythologies vivantes. Elle fait de lui non un simple historien régional, mais un écrivain des seuils.
L’héritage de Jean-Paul Clébert tient à une manière d’habiter les lieux. Il ne consomme pas les paysages ; il les fréquente, les interroge, les lit comme des archives. Sa Provence n’est pas décorative : elle est antique, populaire, sauvage, savante, occulte, végétale, animale et humaine.
Il est aussi l’un des écrivains qui relient Paris et Provence sans les opposer naïvement. Le même homme qui descend dans les bas-fonds de la capitale sait écouter les villages du Luberon et les rites camarguais. Chez lui, l’insolite n’est pas seulement urbain : il est partout où le regard sait s’étonner.
Son intérêt pour les femmes de lettres, les Gitans, les exclus, les saints populaires, les peintres, les prophètes, les plantes et les bêtes révèle une grande fidélité aux figures minorées. Clébert aime ce qui échappe aux classements trop sages.
Sa vie à Bonnieux et Oppède, son décès à Oppède, sa sépulture à Bonnieux et son œuvre provençale en font une figure majeure du patrimoine littéraire régional. Pourtant, il reste moins connu du grand public que des lecteurs curieux, des amoureux de Provence et des bibliothèques bien tenues.
Pour SpotRegio, Jean-Paul Clébert est une figure idéale de la Camargue et de la Provence intérieure : un écrivain-vagabond devenu sédentaire par amour des lieux, mais qui conserva toujours la liberté des routes, des marges et des légendes.
Les Saintes-Maries-de-la-Mer, la Camargue, Arles, Bonnieux, Oppède, le Luberon, Paris insolite et Saint-Germain-des-Prés : explorez les lieux où Clébert relie les marges urbaines aux mythologies provençales.
Explorer la Camargue →Ainsi demeure Jean-Paul Clébert, écrivain-vagabond devenu lecteur passionné de Provence, dont l’œuvre rappelle que les lieux les plus riches sont souvent ceux où passent les marginaux, les pèlerins, les bêtes, les plantes et les légendes.