Personnage historique • Sciences naturelles

Pierre Marie Auguste Broussonet

1761–1807
Le naturaliste montpelliérain des poissons, des plantes et des voyages savants

Médecin formé à Montpellier, ichtyologue à Londres, botaniste de terrain, promoteur du système linnéen, administrateur du Jardin des plantes et voyageur contraint par la Révolution, Pierre Marie Auguste Broussonet incarne une science des Lumières en mouvement. Sa vie relie Montpellier, Paris, Londres, Madrid, Lisbonne, le Maroc, les Canaries et le Cap rêvé.

« Chez Broussonet, la nature n’est pas un cabinet immobile : elle circule avec les plantes, les poissons, les graines, les manuscrits, les ports, les jardins et les exils. »>— Évocation SpotRegio

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Un savant né et mort à Montpellier

Pierre Marie Auguste Broussonet naît à Montpellier le 19 janvier 1761 selon la tradition française, dans une famille fortement liée à la médecine. Son père, François Broussonet, est médecin ; le jeune Auguste grandit donc dans un milieu où le corps, la science, l’observation et l’université forment un même horizon intellectuel.

Il est reçu docteur très jeune, mais son intérêt dépasse vite la seule médecine humaine. Il dissèque, herborise, collectionne, classe, compare. Le monde animal, le monde végétal, les coquilles, les minéraux et les poissons l’attirent avec une intensité qui le place dans la grande tradition naturaliste des Lumières montpelliéraines.

Son séjour à Londres est décisif. Il fréquente Joseph Banks, grande figure de la science britannique, qui lui confie des poissons issus des grandes collections de voyages. Broussonet publie en 1782 son Ichthyologia sistens piscium descriptiones et icones, œuvre ambitieuse d’ichtyologie qui devait décrire de nombreuses espèces, même si seules les premières livraisons paraissent.

De retour en France, il s’insère dans les milieux savants parisiens : il présente des travaux à l’Académie des sciences, devient membre de l’Académie en 1785, travaille près de Daubenton, s’intéresse à l’agriculture, aux animaux utiles, aux espèces introduites, aux plantes économiques et aux échanges scientifiques européens.

La Révolution bouleverse sa trajectoire. D’abord favorable aux idées nouvelles, il se trouve bientôt menacé par les violences politiques. Accusé de fédéralisme à Montpellier, emprisonné brièvement, il fuit ensuite vers l’Espagne, Lisbonne, le Maroc et les Canaries. Son exil reste pourtant savant : il observe, collecte, correspond avec les botanistes et continue de penser la circulation des plantes.

En 1803, il revient à Montpellier et devient professeur à l’École de médecine ainsi que directeur du Jardin des plantes. Il restaure et enrichit ce jardin, publie en 1805 une liste de ses plantes et tente d’y faire aboutir une vie d’observations. Il meurt à Montpellier en 1807, après des accidents neurologiques qui altèrent progressivement sa parole.

Un médecin naturaliste dans la République des sciences

Broussonet appartient à cette génération où la médecine, la botanique, la zoologie, l’agriculture et la politique ne sont pas encore séparées par des frontières rigides. Un médecin peut être ichtyologue, botaniste, agronome, voyageur, administrateur et homme public. Cette polyvalence n’est pas dispersion : elle est la forme même de la science des Lumières.

Montpellier joue ici un rôle fondamental. La ville possède une tradition médicale et botanique ancienne, dont le Jardin des plantes est l’un des symboles majeurs. Broussonet hérite de cette culture, mais il l’ouvre à l’Europe : Londres, Paris, Madrid, Lisbonne, Mogador, Tenerife deviennent autant d’étapes d’un réseau scientifique vivant.

Son lien avec Joseph Banks est particulièrement révélateur. Les sciences naturelles se construisent alors par des échanges de spécimens, des correspondances, des ports, des herbiers, des cabinets, des livres imprimés et des jardins. Broussonet n’est pas seulement un observateur isolé : il est un nœud dans une circulation internationale des savoirs.

Son engagement politique ajoute une autre dimension. Homme des Lumières, il accueille favorablement les commencements révolutionnaires, mais il est frappé par la radicalisation et par les soupçons. Son destin illustre la fragilité des savants dans une époque où les réseaux, les voyages et les correspondances peuvent devenir politiquement dangereux.

Il reste enfin un personnage très montpelliérain : même après les voyages et l’exil, sa mémoire revient au Jardin des plantes, à l’École de médecine et à la ville où son nom est inscrit dans l’histoire savante locale.

Poissons, botanique, acclimatation et Jardin des plantes

L’œuvre de Broussonet commence avec les poissons. Son Ichthyologia, publiée à Londres en 1782, témoigne d’une ambition considérable : décrire, illustrer, classer et rendre visible la diversité du monde aquatique. L’entreprise demeure inachevée, mais elle place Broussonet parmi les naturalistes importants de l’ichtyologie de la fin du XVIIIe siècle.

Sa contribution botanique est tout aussi significative. Il promeut le système linnéen, correspond avec des botanistes européens, collecte des plantes et s’intéresse à leur acclimatation. Son nom reste lié au genre Broussonetia, qui rappelle sa place dans la taxonomie botanique.

Une image forte résume son rôle de passeur végétal : le ginkgo biloba qu’il rapporte ou transmet à Montpellier après son séjour londonien, offert par Joseph Banks selon la tradition, devient l’un des symboles de l’introduction de plantes rares dans les jardins savants français. Le Jardin des plantes de Montpellier conserve cette mémoire d’échanges botaniques.

Broussonet s’intéresse aussi aux plantes et animaux utiles : moutons mérinos, chèvres angora, mûrier à papier, agriculture, acclimatation. Pour lui, l’histoire naturelle n’est pas seulement descriptive ; elle peut servir l’économie, les jardins, les manufactures, les campagnes et la vie quotidienne.

À Montpellier, son travail de directeur du Jardin des plantes a une valeur patrimoniale. Il restaure l’organisation du jardin, enrichit les collections, construit ou fait aménager des espaces, et publie en 1805 l’Elenchus plantarum horti botanici Monspeliensis, liste des plantes du jardin. Le savant voyageur devient alors gardien d’un lieu.

Montpellier pour la source et le retour, Londres pour l’ichtyologie, les Canaries pour l’exil savant

Le territoire de Broussonet est d’abord Montpellier. Il y naît, y étudie, y meurt, et y retrouve à la fin de sa vie le Jardin des plantes. C’est son centre le plus profond, à la fois familial, médical, botanique et mémoriel.

Londres constitue le second pôle. C’est là qu’il rencontre Joseph Banks, accède à des collections de poissons venues des grands voyages et publie son Ichthyologia. Londres représente pour lui l’ouverture internationale, le réseau britannique et la science des collections maritimes.

Paris et Alfort forment un troisième ensemble : Académie des sciences, Daubenton, agriculture, institutions savantes et insertion dans l’appareil scientifique du royaume puis de la Révolution. C’est la zone du pouvoir savant.

Le Maroc, Lisbonne, Madrid et les Canaries appartiennent à la géographie de l’exil et des missions. Ils montrent un Broussonet contraint au déplacement mais toujours naturaliste. Même lorsqu’il fuit, il observe ; même lorsqu’il administre, il collecte ; même lorsqu’il est menacé, il écrit aux savants.

Dans l’univers SpotRegio, il est donc particulièrement juste de l’ancrer au Languedoc et à Montpellier, tout en ouvrant la page vers Londres, Paris et l’Atlantique. Broussonet est un enfant de Montpellier devenu savant européen et voyageur malgré lui.

Lieux d’âme et de mémoire

Destins croisés

Découvrez les terres de Broussonet, entre Montpellier, Londres, Paris, Mogador et Tenerife

Montpellier, le Jardin des plantes, Londres, Paris, Mogador, les Canaries : explorez les lieux où Pierre Marie Auguste Broussonet a fait circuler les plantes, les poissons et les idées des Lumières naturalistes.

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Ainsi demeure Pierre Marie Auguste Broussonet, savant montpelliérain et voyageur des sciences naturelles, dont la mémoire relie les poissons de Londres, les plantes de Tenerife et les allées du Jardin des plantes de Montpellier.