Né Léopold Leysen à Anvers, Pol Mara traverse l’après-guerre artistique belge en passant du surréalisme à l’abstraction lyrique, puis à une figuration pop faite de silhouettes féminines, de détails photographiques, de couleurs élégantes et d’images médiatiques. Entre Anvers, le groupe G58 et Gordes, il incarne une modernité picturale à la fois raffinée, publicitaire, sensuelle et européenne.
« Chez Pol Mara, l’image moderne se découpe comme un magazine rêvé : la femme, le désir, la couleur, la photographie et le fragment deviennent les matériaux d’une peinture à la fois séduisante et inquiète. »>— Évocation SpotRegio
Pol Mara est le pseudonyme de Léopold Leysen, artiste belge né à Anvers le 8 décembre 1920 et mort dans cette même ville le 10 février 1998. Certaines notices internationales donnent simplement « Antwerp 1920–1998 », mais la tradition francophone retient généralement cette datation précise. Anvers est donc son origine, son atelier profond et son port d’attache artistique.
Il se forme à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, puis à l’Institut national supérieur des beaux-arts, dans les années 1940. Cette formation flamande solide lui donne un socle graphique et pictural dont il ne se défait jamais, même lorsqu’il s’éloigne de la peinture traditionnelle.
Au début de sa carrière, il travaille dans un registre figuratif marqué par des connotations surréalistes. Puis, dans les années 1950, il se tourne vers l’abstraction lyrique et gagne une reconnaissance importante. En 1955, il remporte le Prix Jeune Peinture Belge, signe d’une intégration forte dans l’avant-garde nationale.
À la fin des années 1950, il participe à la fondation du groupe G58 à Anvers, groupe d’avant-garde attaché au Hessenhuis. Cet épisode l’inscrit dans un moment de reconstruction artistique où la Belgique cherche de nouvelles formes après la guerre, entre abstraction, informel, expérimentation et dialogues internationaux.
Dans les années 1960, Pol Mara revient vers la figuration, mais une figuration entièrement moderne : images publicitaires, fragments de corps, visages féminins, clins d’œil au cinéma, à la photographie, aux magazines, au désir et aux surfaces lisses du monde médiatique. Il devient alors l’une des figures importantes de la nouvelle figuration et du Pop Art belge.
Son parcours connaît une extension provençale avec Gordes, village du Luberon où il séjourne et auquel son nom reste attaché. De 1997 à 2011, le château de Gordes abrite un musée Pol Mara présentant une importante collection de ses œuvres. Cette présence donne à son œuvre un ancrage français très singulier, entre Belgique urbaine et Provence de lumière.
Pol Mara appartient à cette génération d’artistes belges qui traversent l’après-guerre sans se fixer dans une seule école. Son chemin passe par le surréalisme, l’abstraction lyrique, l’avant-garde anversoise, puis par une figuration proche du Pop Art. Cette mobilité n’est pas hésitation ; elle traduit une curiosité constante pour les langages de son temps.
Son expérience de graphiste, notamment dans le monde industriel et pharmaceutique, n’est pas anecdotique. Elle lui donne un rapport aigu à l’image imprimée, au cadrage, à la lisibilité, à la reproduction, aux surfaces nettes et au pouvoir visuel de la publicité. La peinture de Pol Mara garde souvent quelque chose de l’affiche, de la page, du cliché et du montage.
Le pseudonyme même de Pol Mara participe à cette construction d’identité artistique. Les sources muséales expliquent parfois le nom comme un jeu poétique autour de « Pour Oublier Laideur Métamorphoses Amour Rêve Amitié ». Qu’il soit pris littéralement ou comme formule légendaire, il correspond bien à son univers : transformer la laideur du monde en images de désir, de rêve et de métamorphose.
Sa peinture a souvent été associée à la femme moderne : silhouettes de magazines, regards isolés, lèvres, jambes, poses glamour, fragments de corps. Mais chez lui, cette beauté n’est pas seulement décorative. Elle apparaît comme une image fabriquée, médiatique, découpée, parfois ironique, parfois mélancolique.
Pol Mara occupe ainsi une position intéressante : moins connu du grand public français que certains grands noms du Pop Art américain, il représente pourtant un versant européen, belge et très personnel de la nouvelle figuration, où l’image de masse rencontre une sensibilité picturale raffinée.
L’œuvre de Pol Mara commence dans un climat encore proche du surréalisme. La Belgique dispose alors d’une tradition puissante dans ce domaine, mais Mara n’y reste pas enfermé. Il cherche rapidement d’autres formes, d’autres rythmes, d’autres manières de faire circuler l’image.
Dans les années 1950, il s’oriente vers l’abstraction lyrique. Couleur, geste, matière, mouvement et compositions dynamiques dominent cette période. La reconnaissance du Prix Jeune Peinture Belge en 1955 et sa participation à G58 attestent l’importance de ce moment abstrait.
Le tournant des années 1960 est décisif. Pol Mara réintroduit des figures, mais des figures venues du monde moderne : images photographiques, femmes de magazines, corps fragmentés, signes de consommation, artifices du glamour et du spectacle. Cette figuration n’a rien d’un retour académique ; c’est une peinture de l’image médiatique.
Ses œuvres jouent volontiers sur le fragment. Un détail isolé vaut parfois plus qu’une scène entière. L’œil, le visage, la robe, la pose, le geste, le motif publicitaire deviennent des icônes flottantes. Le tableau ressemble alors à une mémoire de magazine, un rêve d’écran ou une page arrachée à une civilisation de l’apparence.
Dans ses lithographies et dessins, cette élégance graphique s’accentue encore. Pol Mara sait produire des images immédiatement reconnaissables, séduisantes, claires, tout en conservant une distance ironique. C’est cette alliance de charme et de lucidité qui fait son intérêt.
Le territoire de Pol Mara est d’abord Anvers. C’est sa ville natale, sa ville de formation, sa ville de mort, et l’un des grands centres artistiques belges du XXe siècle. L’Académie, l’Institut supérieur, le Hessenhuis, les galeries et les réseaux d’avant-garde font d’Anvers son premier paysage intellectuel.
La Belgique lui donne une place dans une histoire artistique particulière : surréalisme, abstraction d’après-guerre, nouvelle figuration, Pop Art européen. Pol Mara dialogue avec cette tradition sans se confondre entièrement avec elle. Il reste anversois, mais ouvert à une circulation internationale des images.
Gordes constitue le grand ancrage français. Le village du Luberon, déjà marqué par la présence de Victor Vasarely et d’autres artistes, accueille ensuite un musée Pol Mara au château. La lumière provençale, l’architecture du village perché et la mémoire muséale donnent à son œuvre une seconde géographie.
Dans l’univers SpotRegio, il est donc juste de l’ancrer en Provence pour la page française, tout en rappelant très fortement son origine belge. Pol Mara est un artiste de passage entre le Nord et le Sud : Anvers pour la formation et l’avant-garde, Gordes pour la conservation, la visibilité et la lumière.
Cette double appartenance est précieuse : elle permet de raconter une histoire européenne de l’art moderne où les œuvres ne restent pas prisonnières de leur pays de naissance, mais circulent entre musées, villages d’artistes, galeries et collectionneurs.
Anvers, l’Académie royale des beaux-arts, le Hessenhuis, Gordes, le château et le Luberon : explorez les lieux où Pol Mara a fait passer l’image moderne du Nord belge vers la lumière provençale.
Explorer la Provence →Ainsi demeure Pol Mara, artiste anversois et peintre européen des images modernes, dont la trajectoire relie l’avant-garde belge, le Pop Art, la féminité médiatique et la mémoire lumineuse de Gordes.