Née à Montmorillon, Régine Deforges grandit dans le Poitou avant de devenir libraire, éditrice, romancière, chroniqueuse et figure libre de la littérature française. Première femme à fonder sa propre maison d’édition en France selon plusieurs notices, souvent confrontée à la censure et à la justice, elle conquiert ensuite un immense public avec La Bicyclette bleue.
« Chez Régine Deforges, écrire et éditer ne sont jamais des gestes sages : ce sont des façons de désobéir, de désirer, de publier ce que d’autres voudraient cacher. »— Évocation SpotRegio
Régine Marie Léone Deforges naît à Montmorillon, dans la Vienne, le 15 août 1935. La Bibliothèque nationale de France la présente comme romancière et éditrice, née à Montmorillon et morte à Paris le 3 avril 2014. Cette origine poitevine donne à son œuvre une géographie intime faite de rives de la Gartempe, de campagnes, de secrets, d’interdits et de souvenirs d’enfance.
Son adolescence est marquée par un épisode fondateur : le vol et la révélation de son journal intime, puis le scandale provoqué par ses écrits personnels. Elle a raconté, transposé et travaillé cette blessure dans Le Cahier volé. Ce motif — une parole intime arrachée, jugée, punie — éclaire toute sa vie d’écrivaine.
Montée à Paris, elle entre dans le monde du livre comme libraire et éditrice. En 1968, elle fonde les éditions L’Or du Temps, devenant une pionnière dans un univers éditorial longtemps masculin. Ses publications audacieuses lui attirent saisies, procès et condamnations. Elle comprend très tôt que publier peut être un combat politique et moral.
Comme romancière, elle connaît un immense succès avec La Bicyclette bleue, publié en 1981, premier volume d’un cycle situé pendant la Seconde Guerre mondiale. Léa Delmas impose une héroïne charnelle, volontaire, libre, traversée par l’histoire et par ses propres désirs.
Régine Deforges meurt à Paris, à l’hôpital Cochin, le 3 avril 2014. Après sa mort, ses enfants créent le prix Régine Deforges, organisé à Limoges, destiné à récompenser une première œuvre littéraire francophone.
Régine Deforges occupe une place singulière dans l’histoire littéraire française du XXe siècle. Elle n’est pas seulement une romancière populaire, ni seulement une éditrice d’érotisme, ni seulement une figure médiatique. Elle est tout cela à la fois, et surtout une femme qui a compris très tôt que l’accès à la publication est un enjeu de pouvoir.
Fonder une maison d’édition dans les années 1960, quand on est une jeune femme sans protection institutionnelle massive, relève déjà d’un geste d’affirmation. Publier des textes jugés obscènes ou dangereux, accepter les procès et les saisies, c’est transformer l’édition en champ de bataille pour la liberté d’expression.
Son féminisme passe souvent par les corps, les héroïnes, les désirs, les refus, la parole sexuelle et la capacité des femmes à se raconter sans permission. Dans ses livres, une femme peut aimer, désirer, fuir, choisir, tromper, résister, écrire et survivre.
Sa relation au Poitou est profonde. Montmorillon n’est pas seulement un point de naissance : c’est un lieu de mémoire, de blessure et de fiction. Plusieurs de ses textes reviennent vers cette campagne poitevine, ses silences, ses institutions religieuses, ses pudeurs et ses transgressions.
Le Cahier volé, publié en 1978, revient sur l’expérience adolescente du journal intime découvert et puni. Il met en scène la violence sociale exercée sur une parole féminine trop libre, trop amoureuse, trop personnelle.
La Bicyclette bleue, publié en 1981, ouvre son cycle le plus célèbre. Léa Delmas traverse la débâcle, l’Occupation, les choix de résistance, les passions et les ambiguïtés d’une France en guerre.
Le cycle s’étend ensuite en plusieurs volumes, couvrant la guerre, l’après-guerre, l’Indochine et d’autres conflits de mémoire. Deforges y construit une fresque où l’héroïne féminine reste au centre, non comme simple témoin, mais comme corps agissant, désirant et jugeant.
Son œuvre érotique et ses anthologies prolongent son combat éditorial. Régine Deforges publie, rassemble, préface, revendique des textes où les femmes parlent du désir, du plaisir, de l’interdit, du trouble et de la liberté.
Elle s’intéresse aussi à la broderie, au point de croix et aux arts du fil : un versant plus discret qui rappelle son goût pour les traces, les gestes, les matières et les mémoires domestiques.
Le territoire de Régine Deforges commence à Montmorillon, dans le Poitou. La ville natale concentre l’enfance, la blessure du cahier, les institutions religieuses, les paysages de la Gartempe et la mémoire d’un monde provincial contre lequel elle s’est souvent affirmée.
Paris constitue le second pôle : librairies, maisons d’édition, procès, presse, succès, télévision, vie littéraire, hôpital Cochin et cimetière Montparnasse. C’est là qu’elle devient une figure nationale du livre et de la liberté éditoriale.
Limoges occupe un rôle mémoriel fort avec le prix Régine Deforges, créé par ses enfants et organisé par la ville. Ce choix inscrit son héritage dans un grand Sud-Ouest littéraire, proche du Poitou.
La Gironde et Bordeaux s’invitent par La Bicyclette bleue et l’univers de Léa Delmas, ancré dans le domaine de Montillac et les paysages romanesques du Sud-Ouest pendant la guerre.
Montmorillon, la Gartempe, Paris, les éditions L’Or du Temps, le cimetière Montparnasse, Limoges et la Gironde romanesque : explorez les lieux où Régine Deforges a transformé la liberté, la mémoire et le désir en littérature populaire et provocante.
Explorer le Poitou →Ainsi demeure Régine Deforges, enfant de Montmorillon devenue femme du livre, de la censure et du succès, dont l’œuvre a fait de l’intime, du désir et de la désobéissance une matière romanesque pleinement française.